CASSIUS
Une réunion en soirée du Comité des Fêtes de Lokeren, un mardi de février. Les cris et les hurlements font trembler les verres, on voit même quelques langues tirées et on jurerait avoir aperçu un doigt d’honneur. Le président de la section Restauration des Fêtes de Lokeren a même osé lancer une assiette à soupe. Ce soir-là, un seul point était à l’ordre du jour : quels artistes allons-nous engager pour le vendredi 31 juillet, c’est-à-dire le jour de Diana Ross ? On a entendu de tout, de Manowar à Sergio, de « n’y a-t-il pas encore un Beatle en vie ? » à Belgian Asociality. Jusqu’à ce que quelqu’un s’approche tranquillement de la platine, sorte un disque de son carton et que, une seconde et demie plus tard, les sons envoûtants de « Cassius 1999 » transforment la salle de réunion, encore en effervescence, en un paradis de la danse et de la fête. Tout à coup, tous les hommes sont devenus frères. « Cassius 1999 » figure sur le LP « 1999 » (sorti la même année) de CASSIUS, et cet album est l’un des disques phares incontestables de la vague française, déjà impressionnante, qui a déferlé sur nos clubs dans la seconde moitié des années 90. Le pauvre Moïse doit encore errer quelque part sur le mont Sinaï, avec sur le dos deux tables de pierre sur lesquelles sont gravés les Dix Commandements de la French Dance Wave. Cassius occupe une place de choix aux côtés, entre autres, d’Air, de St-Germain, de Daft Punk, d’Étienne de Crécy, de Motorbass et de Dimitri From Paris. Tous ces artistes légendaires continuent aujourd’hui encore d’inspirer les pays d’outre-mer où la connaissance de la langue française se limite à « Oui », « Non » et « Hurluberlu ». À part les chefs des départements gastronomiques du monde entier, qui connaissent aussi l’assiette creuse. La French house de Cassius a finalement tenu le coup avec cinq albums officiels, jusqu’au décès tragique du génie Philippe Zdar en 2019. C’est Boombass (Hubert Blanc-Franchard) qui, de temps à autre, porte le flambeau de ce feu sacré au-delà des frontières pour implanter le son unique de Cassius sur une scène et faire danser le public pendant une heure jusqu’à ce qu’il supplie d’entendre un morceau des Supremes. Encore un nom légendaire à l’affiche des Lokerse Feesten ? C'est comme le dit un Texan dans son meilleur français : hell yeah nondedju !